Pour répondre efficacement aux chocs multiples, le projet Mayendeleyo mise sur un levier rarement spectaculaire, mais redoutablement efficace : le renforcement des compétences.
Face à l’instabilité économique et climatique croissante qui s’intensifie dans l’archipel comorien, le projet Mayendeleyo, soutenu par la Banque mondiale, mène une politique active en faveur de la formation et du développent des compétences et s’emploie à renforcer les capacités de ses consultants.
Dès 2025, une série de sessions de renforcement des compétences ont été lancées avec pour ambition de professionnaliser les équipes de terrain, consolider les mécanismes d’adaptation au changement climatique, et améliorer le pilotage technique et la communication des actions entreprises.
Une stratégie déployée en trois temps
Formation, mobilité interne, développement personnel et collectif : rien n’est laissé au hasard. L’objectif affiché est clair : renforcer durablement les compétences techniques et managériales des équipes, afin de maintenir une excellence opérationnelle et de garantir une efficacité accrue dans la mise en œuvre des programmes.
« Notre défi n’est pas uniquement économique, ni climatique, il est aussi organisationnel », explique Abdou-latuf Abdallah, Directeur Principal des Opérations. Et de rajouter que « pour accompagner les communautés face aux chocs multiples, il nous faut des équipes solides, outillées, et agiles. »
La première pierre de cet édifice a été posée à Tunis, du 7 au 18 avril 2025, à l’occasion d’une formation régionale organisée par CODEV International, consacrée aux outils d’analyse de la résilience et à la planification locale sensible au changement climatique.
Cette session, structurée autour d’outils méthodologiques innovants, visait à outiller les cadres techniques comoriens pour intégrer la dimension climatique dans les processus de planification territoriale. Les participants ont été formés à l’identification des vulnérabilités, à l’élaboration de plans d’adaptation et au suivi-évaluation de la résilience communautaire.
À Madagascar, apprendre à raconter la vulnérabilité autrement
Autre étape, autre décor : du 25 mai au 6 juin 2025, c’est dans la Grande Île de Madagascar que sept membres de l’équipe du PFSS-RRC ont pris part à une formation en photographie, vidéographie et traitement des données, axée sur la valorisation visuelle des actions sociales.
Cette session inédite a combiné deux volets complémentaires :
- Communication audiovisuelle, avec des ateliers sur la prise de vue, la narration visuelle (storytelling), le montage et le traitement de l’image.
- Suivi-évaluation, avec l’apprentissage de techniques d’analyse de données, de création de tableaux de bord et de rédaction de rapports intelligents.
Les participants ont produit, en conditions réelles, des vidéos avec voix off, des photos professionnelles, ainsi que des rapports de suivi intégrant des indicateurs de résilience. Ces acquis serviront désormais à appuyer la communication du projet, tout en alimentant ses mécanismes de suivi-évaluation.
« On ne se contente plus d’agir, il faut savoir raconter ce qu’on fait, convaincre, mobiliser », confie Mohamed Bahtine El-Manrouf, directeur du suivi-évaluation du projet, avant de préciser : « et cela exige une montée en compétence, notamment en matière d’image. »
L’agriculture intelligente au cœur de la transition
Parallèlement, quatre cadres du projet ont suivi une formation spécialisée sur l’agriculture intelligente face au changement climatique, précisément, la gestion durable des ressources naturelles et les stratégies d’atténuation des risques climatiques afin d’intégrer des pratiques agroécologiques résilientes au sein des politiques publiques comoriennes.
Une initiative qui prend tout son sens dans un pays à forte dépendance agricole, où récemment frappé par plusieurs aléas climatiques majeurs : le cyclone Kenneth en 2019, les inondations d’avril 2024, et le passage du cyclone CHIDO en décembre de la même année. Des dérèglements de la pluviométrie qui remettent en cause la sécurité alimentaire de milliers de foyers.
« Il est impératif de préparer nos agriculteurs à des cycles climatiques désormais imprévisibles. Cette formation nous permettra de mieux les accompagner sur le terrain », assure Moussa Abdourazak, responsable national des ARIEP (Activités de Résilience, Inclusion Économique et Productive).
Vers une autonomie technique accrue
Au total, ce sont trois formations stratégiques, qui marquent un tournant pour le projet Mayendeleyo. Elles traduisent un positionnement résolu : investir dans l’humain pour garantir la pérennité des actions de développement, dans un contexte où la pression climatique exige des réponses locales, intégrées et adaptées.
Derrière chaque atelier, chaque module de formation, un impératif : que les acquis ne restent pas théoriques. Les contenus sont appliqués, contextualisés, et pensés pour une mise en œuvre directe sur le terrain.
En misant sur les compétences, le Projet Mayendeleyo fait donc le pari de l’efficacité, de l’innovation, et d’un leadership. Une dynamique appelée à se poursuivre, à travers de nouveaux cycles de formation à venir, notamment dans les domaines de la gouvernance, de la mobilisation communautaire et de la digitalisation des processus.